P



Je viens de voir Philippe Seurin à l’hôpital Saint-Louis. Je me suis dit en le voyant que c’était la phase terminale de sa maladie. Les yeux regardaient l’intérieur, le visage, le corps émacié étaient déjà ceux d’un mort ; cependant ses bras se battaient comme s’il boxait la mort.
Je l’ai connu, il y a fort longtemps, Philippe. Je l’ai toujours connu comme ambitieux, non pas de cette ambition coutumière qui gagne de l’argent et des honneurs, d’une ambition plus profonde : celle  des chercheurs de sens.
Il était franc-maçon convaincu et fouillait à l’aide des outils, propre à cette fraternité. Il fouillait pour trouver la pierre sacrée des sages et puis il fouillait son métier comme un sanglier rageur.
Il travaillait au Nord-ouest parce que son exigence n’était pas pécuniaire. Il aimait les textes. Il aimait passionnément le théâtre. Là aussi il fouillait. Il venait de jouer “Richard III”. Il y était terrorisant, monstrueux, explorant toutes les possibilités de cette incarnation du diable. C’était un chef de troupe, un vrai. Il s’occupait de ses partenaires, parfois rudement. Et je sais que pour la saison prochaine il voulait jouer le “Misanthrope”, toujours, je n’en doute pas, dans le but de comprendre.
À toujours, Philippe. Nous t’aimions pour toutes ces qualités, même si parfois tu n’étais pas facile à aimer.

M. P.