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EDITO :
« OU EST-IL TON DIEU ? » Ps XLII, 4

L’habitude de pensée la mieux partagée de notre époque est  sans doute le refus du Mystère ou du moins l’indifférence au Mystère. Une espèce d’apathie intellectuelle et morale face aux seules questions vraiment essentielles : «Qui sommes-nous, d’où venons-nous, où allons-nous?».
L’attitude conforme (politiquement correcte) semble n’avoir aucune curiosité face au désespoir qu’engendrait cette question chez des écrivains comme Camus-l’agnostique ou Bernanos-le croyant.
La religion quelle qu’elle soit, n’est pas une explication de l’inconnaissable, elle est ou devrait être une voie d’accès, «Je suis le chemin, la vérité et la vie». (Jn).
En se conformant de trop près à la pensée contemporaine notre christianisme bien pensant en aurait-il perdu la clé ?

L’histoire nous apprend que les grands “transformeurs” du monde ont été des rebelles. JEREMIE, ISAIE, DANIEL, puis FRANÇOIS D’ASSISE, DOMINIQUE, VINCENT DE PAUL, le père CHEVRIER,  les prêtres ouvriers, les ayant-quittés-l’église et les laïques qui essaient eux aussi de transmettre un peu de l’amour reçu. Et les petites sœurs de Montreuil,  Petite Sœur Yvette dans sa maison de retraite,   l’Abbé Pierre… et bien d’autres. Et le premier de tous, Jésus de Nazareth, Jésus le Christ qui rejette les Pharisiens, ces conformistes de son temps.
On connaît l’Histoire Sainte : il paie de sa vie cette prise de position.
Et nous où en sommes-nous ?
Le Christ fait dire à Jean-Baptiste : «Les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent… ».
Et nous où en sommes-nous ?

Voyons-nous des aveugles voir, des sourds entendre, des boiteux marcher ?
Où sont donc passés les anti-conformistes, où sont les rebelles ?
(Il est bien entendu que ma pensée, mon Espérance, n’est pas une rébellion à trois sous – papillon tatouée sur l’épaule pour les dames et boucle d’oreille pour les messieurs – pas de faux procès, je vous en prie Le maniérisme trés important aujourd’hui , a été de tout temps, le symptôme d’une créativité en panne.).
Mais qui donc prend la relève de l’Espérance ?
Qui va nous donner le désir d’ETRE ?Ce numéro est dédié  à tous les paumés, les perdus de l’amour, les perclus d’Espérance, nos semblables, nos frères !


                Le Président



Michel SERRAULT ! Qu’il est difficile de parler de lui ! Au présent, ça allait, on pouvait en rire ensemble, mais au passé… Il était multiple, déroutant, on le trouvait souvent là où on ne l’attendait pas. C’est l’un des derniers comédiens qui a pu servir un maximum d’emplois différents. Il se glissait dans ses personnages et les envahissait littéralement, passant d’une intensité dramatique profonde à la folie d’un grand burlesque. Et voilà, le mot est lâché : Michel était fou. De cette belle folie constructive, enrichissante, génératrice de surprises et d’étonnements. Je suis sure que parfois il se surprenait lui-même, n’ayant pas tout à fait prévu l’aboutissement. Mais ça, ce sont les grands, ceux qui savent s’oublier au profit du personnage et lui laisser la place. Au théâtre, il refusait l’effet facile, motivant toujours son exagération même. Il a atteint le sommet dans sa “Zaza” de La Cage aux folles. Sans une seule touche de vulgarité dans ce rôle plus que délicat, il déchaînait des énormes vagues de rire qui roulaient jusqu’à la scène et le comblaient. Au cinéma au contraire il usait d’une totale  économie de moyens. J’ai eu le bonheur de  tourner avec lui Le Monde de Marty, un film qui n’a pas eu l’audience qu’il méritait : le sujet a fait peur. Evidemment, l’amitié, à l’hôpital, d’une vieux tétraplégique et d’une petit cancéreux n’incline pas à la rigolade. Pourtant le film n’était pas triste, il permettait d’espérer. Le rôle était spécialement difficile puisque le paralytique ne pouvait prononcer un mot, tout devait se passer dans les yeux, mais quel regard ! Ses yeux m’ont toujours étonnée. Dans le comique, ils prenaient un côté œil de volaille, rond et ingénu. Dans le drame il devenait sombrement profonds, même inquiétants. Dans la demi-teinte, comme dans Le cœur ébloui qui illustrait le dernier amour de Fontenelle, il mêlait les deux avec une étonnante science du dosage. Contrairement à Marty, dans lequel il était tendu, il arrivait le matin d’humeur folâtre, pour notre joie à tous. Plus récemment il a incarné plusieurs personnages de vieil homme assagi et épanoui où son humanité débordait, ses face-à-face avec les enfants alliant comique et émotion. Les Enfants du marais reste un film de référence. Parmi les rediffusions qui ont suivis son départ, le Père Dominici était flamboyant alors que Monsieur Arnaud nous a plongé dans une ambiance glauque et douloureuse. Je n’ai jamais parlé foi avec lui, maintenant je le regrette. Peut-être était-ce le fait d’une pudeur partagée. Je sais qu’il était un grand Chrétien et que ces talents que le Seigneur lui a si généreusement distribués, il les a fait fructifier au maximum et qu’il pourra entendre : «Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître».
À toujours Michel.

Annik Alane

Une source inépuisable

« Dieu, personne ne l’a jamais vu, mais il a parlé… ». Cette affirmation de l’Ancien Testament nous révèle que Dieu n’est pas resté caché, mais qu’il s’est manifesté aux hommes en prenant l’initiative de la parole pour se dévoiler. En effet, par l’intermédiaire d’Abraham, de Moïse, de David et des prophètes tels que Jérémie, Isaïe, Ezéchiel et bien d’autres, Dieu a pris le risque d’une parole.
Cette parole s’incarne dans l’histoire d’un peuple particulier, Israël, choisi par Dieu pour être en ce monde signe de sa présence agissante. Cette histoire où Dieu inscrit sa trace devient une histoire sainte. Parce que la parole est fragile, elle peut être manipulée, pervertie ou méprisée. La parole de Dieu ne s’impose pas, elle propose à l’homme une relation d’amour qui s’appelle une Alliance. Au sein de cette Alliance, la liberté de l’homme s’exerce pour son bonheur ou pour son malheur.
Enfin, cette parole s’incarne sous la figure d’un homme précis : Jésus de Nazareth. Cet homme, dont nous croyons qu’il est le Messie et le Fils de Dieu, manifeste la fécondité de la parole de Dieu lorsqu’elle ne rencontre aucun obstacle dans le cœur de l’homme. La parole qui sort de la bouche de Jésus est créatrice, agissante, toute-puissante… comme au premier jour de la création, lorsque Dieu créa par sa parole. Là encore, l’homme qui l’écoute est invité à une transformation intérieure, un retournement du cœur et de l’esprit qu’on appelle la conversion.
Ainsi, la Bible, ce gros livre impressionnant, contient tout ce que Dieu a dit et ne cesse de répéter.Ces paroles, transmises par une culture qui n’est pas la nôtre, nous dépaysent un peu et nous obligent à un effort d’inculturation. Depuis plus de deux mille ans, la Bible est abondamment commentée par les auteurs spirituels et les théologiens, mais elle est aussi reçue par le peuple chrétien, dans la liturgie. Proclamée dans une assemblée, elle opère mystérieusement son œuvre dans le cœur de l’homme, tant il est vrai qu’elle n’a rien perdu de sa force et de sa fécondité. Chacun peut en faire sa nourriture et y découvrir le visage de Dieu et le sens de sa propre vie. Bien loin de l’épuiser, la lecture assidue de cette parole, nous ouvre sans cesse au mystère infini d’un Dieu qui sollicite notre liberté pour nous faire grandir en humanité et en sainteté.
La fréquentation régulière de la parole de Dieu fait progressivement tomber tous les obstacles qui la faisaient paraître étrangère, la rendant aussi familière qu’une nouvelle langue maternelle. Une difficulté demeure : renoncer à tout ce que nous croyons savoir sur Dieu, fruit de nos fantasmes et de notre imagination, pour accueillir dans un cœur de pauvre ce que Dieu dit de lui-même. Il faut avoir les mains vides pour recevoir le don de Dieu.

                            Père Philippe Desgens