Foyer Edwige Feuillere

L'U.C.T.M. est une association d'entraide aux comédiens et aux divers métiers des arts et du spectacle.

30 juillet 2007

Num. 279. Juillet 2007

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L’OPERATION DU SAINT-ESPRIT

«La lumière luit dans les ténèbres » au livre de Saint Jean (ch. 1) 

Nous continuons notre route sur les pas de Jésus - il faut bien appeler les choses par leur nom - de la Nativité à la Résurrection. C’est un chemin de vie, un chemin de réalisation intérieure que l’Evangile nous propose. De naissance à Renaissance, en passant par l’incontournable ascèse de la Croix- purification radicale !

Nous voici seul, le Seigneur nous a quitté, semble-t-il, avec promesse de nous envoyer le Paraclet, le défenseur, l’Esprit Saint.

Qui est donc ce Paraclet, cet avocat qui arrive sous la forme improbable de langues de feu et qui nous tombe dessus à nous disciples, à nous assemblée ?

Qui est cette force, cette énergie qui vient sur le monde et déclanche et accomplit la plénitude du Don de Dieu (à chacun selon ses talents) qui donne la pleine possession de ce qui nous emplit et nous possède, qui nous accomplit ?

C’est bien de cela qu’il s’agit chez ce musicien anonyme par scrupule ou discrétion.

C’est bien de cette Providence saisie au vol et chaque jour renouvelée ; de cette mystérieuse métanoï  suscitée par l’opération du Saint Esprit.

Le PRESIDENT

LE CHEMIN DU PERE ANTOINE

Le Père Antoine de Monicault, curé de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, est un rebelle : ardent transmetteur de l’Evangile, il le fait à sa manière, luttant à l’extérieur et aussi parfois à l’intérieur pour faire connaitre l’Amour du Christ.

Michel Pilorgé : Dès l’entrée, on peut constater que “Bonne-Nouvelle” n’est pas une église ordinaire : l’autel est au centre et les fidèles s’installent en carré autour de ce centre ; il y a  un lutrin  surélevé par rapport à l’autel, lequel autel est fort grand. Pouvez-vous, Père, nous préciser le sens de cette installation atypique ?

Antoine de Monicault : Cette disposition remonte aux premiers siècles de l’Eglise et représente  un corps humain avec en tête la présidence, ensuite la bouche, l’estomac et enfin, ce corps étant féminin, l’utérus : La mission essentielle de l’Eglise est, vous le savez, d’engendrer à la vie éternelle.


C’est-à-dire accoucher de la 2ème naissance ?
C’est l’initiation chrétienne : baptême, confirmation, eucharistie. Autour de ce squelette, il y a une chair humaine, un corps, faite d’hommes, de femmes et d’enfants : la communauté ecclésiale. Ce corps chante et prie à l’unisson, porté par la Présence d’une réalité qui vient à son secours.
Quand j’ai été nommé ici, en 1988, il ne restait qu’une centaine de pratiquants  dont presque aucune famille.

Pourtant j’ai vu ici beaucoup de monde, des gens très différents, un couple d’aristocrates juste devant moi, des pauvres, des travailleurs émigrés, des familles nombreuses…
Dieu seul est capable de mettre en communion un aristocrate et une femme de ménage sans que ce soit le fait d’une vertu qui un jour ou l’autre éclate.
Dans les cinq premiers siècles de l’Eglise, il y avait un utérus, le baptistère construit pour baptiser par immersion. Aujourd’hui encore l’église dit que le baptême par immersion est préférable. Quand un adulte ou un bébé est submergé par les eaux, on pense à la mort. Le sens le plus profond du baptême est d’entrer dans la mort de Jésus-Christ mort d’une manière unique, en donnant sa vie.
Donner sa vie pour quelqu’un qu’on estime, on l’a vu, mais donner sa vie pour quelqu’un de mauvais qui est précisément en train de vous faire du mal... C’est amour n’appartient pas à la terre.
On peut fuir la mort par l’orgueil, la présomption, la sexualité etc, et c’est précisément pour fuir une mort humaine beaucoup plus grave que la mort physique.

Une addiction comme l’alcoolisme est selon ce que vous dites une fuite devant la mort ?
C’est une mort lente pour curieusement fuir la mort. De même le suicide ; la mort intérieure que ressent celui qui se suicide est tellement crucifiante que le sujet préfère se donner la mort. Cette mort-là est plus douce que l’autre.
C’est la parabole du fils prodigue : «  mon fils était mort et il est revenu à la vie ». Le fils est bien vivant, mais il a connu une telle mort.

Devenir prêtre est  une vocation, on est appelé, parfois tardivement.Comment cela vous est-il  arrivé ?
En deux étapes. À 5 ans, je voulais déjà être prêtre. Plus tard, en quatrième, je m’en suis ouvert à un prêtre mais pendant l’adolescence, j’ai largement glissé dans le péché.
J’ai entrepris H.E.C. Durant mon année de spécialisation en Allemagne j’ai souffert comme un chien.
Je suis rentré en catastrophe et je suis allé voir  une vielle tante religieuse : «Tante  Mistsi je vais entrer au séminaire» «Oh mon petit,  je l’ai toujours su» C’était sorti  comme ça.
Et donc assez rapidement j’ai intégré le séminaire d’Issy-Les-Moulineaux.

Ce séminaire ne donne pas toujours des prêtres de votre style ?
Après deux ans, le prêtre qui me guidait m’a dit : «Tu dois aller aux Carmes». Au séminaire des Carmes l’ambiance est très critique ; j’ai ressenti la solitude mais j’ai appris.

Un dépouillement non pas recherché mais imposé ?

J’ai malgré tout été heureux au séminaire, mais à la sortie je ne savais pas conduire les personnes à Jésus-Christ.

C’est un don, une grâce ?
C’est une grâce : je savais  rassembler, redonner un élan mais ça me posait  question.
C’est à cette époque-là que j’ai compris une réalité, le soubassement : le chemin d’initiation chrétienne pour adultes.
Ce chemin commence par une annonce puissante de la foi, puis  à travers un vécu en petites communautés, conduit à la pleine adhésion au Christ Ressuscité.

Quelle place  faites-vous au Saint-Esprit dans ce Chemin ?
Le Saint-Esprit est invisible, il n’a pas de forme : Le père est la Création, le fils l’Incarnation, le Saint-Esprit on ne sait pas, mais avec le Saint-Esprit il y a l’Eglise.
Saint Irénée parle des deux mains de Dieu, les mains du potier. La main gauche, à l’intérieur du pot, permet à la main droite d’être efficace. Ces deux mains représentent le fils et l’Esprit Saint.
Le processus de réalisation commence par ce que l’on peut dire de Dieu lui-même, c’est-à-dire l’existence du Salut qu’on appelle l’économie. On y voit l’Esprit Saint agir en gentleman, mais quand il est là, il est fort.
Le Christianisme est fondamentalement une nouvelle. Si quelqu’un la connaît ça le change, sinon sa vie demeure souffrante.
Quand j’ai commencé à Saint-Germain-des-Près, je me disais : « On est là pour quelques centaines de personnes, mais la foule immense, je ne vois pas comment il sera un jour possible qu’elle franchisse  le seuil de cette église. »
Ça m’a posé question sur le sacerdoce que j’exerçais, jusqu’au jour où j’ai compris que je ne connaissais pas vraiment Jésus-Christ victorieux.
On ne le connaît que quand on entre dans la mort avec lui. Pour entrer dans cette mort singulière il faut ce que le Nouveau Testament appelle la foi qui fleurit en Charité. Celui  qui entre là, trouve Jésus-Christ.

Fleurir en Charité, c’est faire ses Oeuvres ?
Oui c’est aimer quelqu’un qui représente un obstacle, aimer quand je ressens de l’hostilité, c’est aimer quand je ne peux pas aimer.

C’est l’Evangile pur et simple ?
Si quelqu’un entre dans cette Foi, il devient disciple de Jésus-Christ en communion avec le Père. Et L’Esprit Saint témoigne de cette présence à l’intérieur de lui. «Vous avez reçu un esprit de fils qui crie à l’intérieur de vous : Abba »
C’est cette nouvelle-là que nous annonçons.

Annoncée comme ça c’est  révolutionnaire !
Oui et ça peut changer la situation de l’Eglise de Paris. Une œuvre se fait avec celui qui écoute, mais curieusement  pas avec celui d’à côté. «L’un est pris, l’autre est laissé ».

Ceux qui entendent sont-ils spécialement formés ?
Justement pas ! Une chose  m’a plu quand j’ai connu le Chemin :  on y parlait normalement.
Les pères de l’Eglise disaient que le Kerim (la  Nouvelle, mot utilisé pour annoncer un changement d’empereur) est le sperme de l’Esprit Saint.
Eh bien nous, nous allons, je vais dans les rues, dans les cafés annoncer qu’ils ont besoin de Jésus-Christ : «Viens écouter quelque chose qui sera bon pour ta vie».

Vous les invitez à une fête ?
Oui et des personnes viennent et si elles entrent dans le sein de l’Eglise, l’Esprit Saint vient à leur esprit. La foi c’est l’Esprit qui témoigne à leur esprit qu’ils sont fils de Dieu.

Avant de retourner au Père, Jésus dit : «Ne vous inquiétez pas je vais vous envoyer le Paraclet». Pourquoi n’est-il pas resté lui-même ? Après tout, la foule avait l’air très satisfaite de sa présence.

Paraclet veut dire avocat «Je vais vous envoyer un autre Paraclet».(Il y avait déjà un 1er paraclet). Avec l’Ascension, le Fils rejoint le Père qui l’a envoyé, il remonte avec l’humanité qui a connu la mort.
La Résurrection de Jésus-Christ par le père est le pardon des péchés. Le péché fait mourir. Le péché de Pilate a fait mourir Jésus-Christ Le pardon des péchés est la résurrection. Il faut donc adhérer à cette mort de Jésus-Christ (le baptême) pour communier à sa Résurrection.

Selon un sondage récent, 51% des Français se prétendent catholiques, mais la moitié de ces Catholiques disent croire en Dieu. Serait-on au stade zéro de la spiritualité ?
Ce n’est pas le problème. Le monde cesse d’être religieux pour devenir sensible aux faits et à l’histoire. La période est parfaite pour évangéliser.
Cette période voit l’homme religieux quitter l’Eglise ou ne plus témoigner. Son voisin de palier le connaît, il sait qu’il va à la messe mais il ne voit pas de différence. Mais si cet homme commence à montrer des signes que la mort est vaincue, par exemple s’il est marié et que sa femme est toujours en retard, et qu’il n’éclate plus en colères terribles, le voisin de palier peut voir les différences. Si le couple, après une dispute terrible, se réconcilie, si on les voit sortir bras dessus bras dessous et non pas se faire la gueule, un jour il peut se dire comme Saint Pierre : «Je découvre l’espérance qui est en moi ».
Et il est sauvé parce qu’il a vu. Il n’est pas nécessaire qu’il entre dans l’église. Il n’est pas nécessaire que tous entrent dans l’église. Mais il est nécessaire que le sel soit du sel et le levain du levain.

Vous êtes un dangereux révolutionnaire.
C’est révolutionnaire.
Pour en finir  avec la question sur la Pentecôte : Pâques est une fête juive que Jésus a transformée de l’intérieur. La Pâque de Jésus-Christ, c’est faire sortir le monde de la terre désertique du péché, passer de cette terre désolée au royaume des cieux. C’est le don total de sa personne pour quelqu’un.
La Pentecôte est également une fête juive, c’est le don de la loi écrite sur des pierres par Dieu lui-même.
«La seconde alliance était écrite sur les cœurs par l’Esprit Saint » dit Saint Paul. Désormais L’Esprit envahit les personnes et cet Esprit est celui de Jésus-Christ. L’Esprit fait penser ce que pense Jésus-Christ, il fait aimer comme a aimé Jésus-Christ.
La Pentecôte c’est le don de la loi nouvelle écrite sur les cœurs.
Désormais «Aime et fais ce que tu veux» dit Saint Augustin. 

Propos recueillis par Michel Pilorgé




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29 juillet 2007

Num. 278. La Pâques

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CHRISTIAN DE MONTAIGU, FRERE MINEUR.

Voici le second volet de ma retraite chez les franciscains du Havre ; le premier volet nous rappelait que Noël ne fête pas l’anniversaire du petit Jésus mais est l’annonce que Christ est né ,que Dieu s’est incarné, l’annonce d’une Bonne Nouvelle. Celui-ci nous parle de Pâque ; du Passage, de la Résurrection.

Qui es-tu frère Christian ? Quelle est ta fonction religieuse, sociale ?

Christian de Montaigu

Je suis Franciscain depuis une vingtaine d’années, je suis membre du couvent du Havre. Je suis en charge de la solidarité auprès d’associations caritatives catholiques et aussi d’associations, disons humanismes qui s’occupent des plus démunis.

Tu parles du Secours Populaire ?

Christian de Montaigu

Il y a aussi des associations qui se mobilisent pour le Tiers Monde avec beaucoup de simplicité Je suis en outre aumônier du CCFD sur le diocèse. Le C.C.F.D est une grosse machine qui depuis longtemps touche du doigt des réalités intéressantes comme le commerce équitable.

Je m’intéresse aussi aux questions de l’habitat humanisme. Les grandes barres ont répondu dans l’urgence à des besoins, mais aujourd’hui la mixité, la proximité, le brassage des populations rend les choses difficiles, pas forcément par racisme, simplement par difficulté d’accepter l’autre avec des traditions différentes. Il faut savoir se gêner. Pour le Chrétien, cela veut dire quelque chose ; cela nous met au pied du mur.

Etais-tu préparé à ce genre de problèmes ?

Christian de Montaigu
Tout à l’heure en marchant, on parlait des traces qu’imprime le vécu ; sans doute certaines de ces traces ont orientées mon choix franciscain.
Quand j’étais enfant, ma grand-mère m’emmenait visiter des familles de manouches sédentarisées. J’ai été très tôt confronté aux problèmes d’alcoolisme dans ces familles. Le souci de l’autre à fait parti de mon éducation.

Ce qui est nouveau, c’est le choc des cultures Nous attirons des gens qui quittent leur pays parce qu’ils ont faim ou qu’ils fuient la guerre. Mais notre mode de vie provoque des conflits internes auprès d’autres cultures dont certains membres voudraient avoir le niveau social occidental sans pour autant lâcher leurs vies de Foi. Cela a des conséquences, l’histoire de Sangatte nous a confrontés à des hommes et des femmes dans des trous à rats en attendant de pouvoir passer en Angleterre. Comment aborder ces gens ? Je n’ai pas la solution, mais aujourd’hui j’en suis ému et bousculé.

Tu es le digne successeur de ta grand-mère ?

Christian de Montaigu

Ma grand-mère n’a jamais été une  “dame de charité” et puis tout a changé. Aujourd’hui on conçoit que les gens que l’on aide nous apportent quelque chose, qu’il y a d’autres façons de vivre, de penser que les nôtres. On conçoit que ce que nous sommes n’est pas forcément valable pour tous, qu’il faut accepter les différences. Un chemin considérable a été parcouru sur la façon d’appréhender l’autre.

Aujourd’hui on est confronté à des gens qui nous sont totalement étrangers et qui, en même temps nous enrichissent de ce qu’ils sont ! Ça c’est nouveau !

En tant que Franciscain te sens-tu plus armé, plus équipé pour t’occuper de ce genre de problème que le commun des mortels qui a juste bon cœur ?

Christian de Montaigu
Oui et non. C’est l’expérience qui arme et apprête. Au début on a des certitudes, on est maladroit, mais petit à petit on écoute, on se laisse envahir.

 

 

Je me souviens d’un jeune qui est retourné dans sa famille d’accueil en sortant de prison. La femme qui l’a accueillie lui a dit : «Je t’ai reçu pour payer ma maison, maintenant que ma maison est payée je n’ai plus besoin de toi».
Je reste un peu naïf, je n’imagine pas que l’on puisse sortir de telles horreurs. (Peut-être que j’en sors moi aussi)
Ce que m’a donné ma grand-mère, c’est ne pas avoir peur des gens différents.


Pourrais-tu maintenant nous parler  de Pâques en tant que Carême, Crucifixion et Résurrection ?

Christian de Montaigu

Ta façon de formuler la question est fondamentalement Chrétienne. En effet, aujourd’hui il n’existe de chemin crucifiant aboutissant à la Résurrection que dans le Christianisme. C’est le sens profond de la Foi chrétienne.

 

 

On fait souvent la comparaison avec le Ramadan, chemin éminemment important de préparation de l’homme dans sa maturité spirituelle ; la différence est que nous, Chrétiens, ne pouvons pas faire l’impasse de la Croix. Ce que le Christ porte pour nous c’est cette Humanité qu’il a prise lui-même. Il y a un lien fondamental entre un Dieu qui s’est fait chair pour que le projet divin nous soit accessible. Il nous devient possible de suivre le Christ avec les conséquences morales sur notre vision des pauvres, du monde, de la politique.avec la conséquence qu’il nous devient difficile de faire n’importe quoi dès lors que l’on touche à la dignité de l’Homme. Et ce chemin-là est le chemin du Christ.

 

 

Le lien fondamental de Dieu à l’Homme est la Résurrection vécue à travers le témoignage des apôtres. Je pense d’ailleurs que ce témoignage est en deçà de ce qui s’est réellement passé. Ce qui s’est passé sous leurs yeux est plus fort encore et permet à chacun d’entre nous de vivre la Résurrection, de la recevoir du Christ en ayant ce point d’appui, et l’espérance particulière d’une rencontre personnelle avec Lui.

 

 

Le témoignage est un jaillissement qui nous permet de nous approprier cette expérience.

C’est le lieu d’Espérance qui se manifeste dès qu’un homme se met debout. Nous sommes des puissances de Résurrection, nous sommes en chemin de Résurrection. Et ce chemin n’a rien à voir avec un pouvoir, une puissance. C’est clair dans les témoignages :  «Nous qui croyions qu’il allait nous sauver, qu’il allait prendre le pouvoir». La Résurrection a à voir avec la Liberté, Dieu nous appelle à une liberté intérieure, liberté de vie et d’humilité.

Évidemment “l’humilité”, le chemin du Christ, est contraire à l’homme. Regarde le jeune homme riche : «Va, vends tout ce que tu as et tu auras un trésor dans le Ciel».

 

 

Le mystère de la Résurrection commence à la naissance du Christ, à Noël, et se poursuit jusqu’à l’Ascension. Dieu a voulu rencontrer l’homme. L’extraordinaire c’est qu’il se soit manifesté par sa Résurrection puisqu’il s’est effacé.

«Je vous ai donné un message, voilà mon chemin, vous êtes libre». S’il ne s’était pas effacé, on imagine Jérusalem avec son gourou.

Si je te comprends bien, selon toi l’Evangile est un peu court ?

Christian de Montaigu

Maintenant nous suivons Quelqu’un. Le livre d’aujourd’hui c’est ce que nous vivons, notre histoire s’écrit avec Jésus-Christ, au quotidien. Quelque part nous avons quitté le livre.

C’était seulement une rampe de lancement ?

Christian de Montaigu

Ce sont les points de référence sur lesquels on a basé notre éthique, nos prières. Aujourd’hui tout est dit dans le Christ : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». Nous suivons Quelqu’un. Ce n’est pas nous qui détenons la Vérité, c’est celui que je suis. J’essaye de le suivre avec mes imperfections. C’est ma vie aujourd’hui avec le Christ qui s’écrit.

Tu dis : «Avec mes imperfections». Y aurait-il une évolution, dans la façon chrétienne d’appréhender l’imperfection, le péché ?

Christian de Montaigu

Dieu nous prend tels que nous sommes, quelle que soit notre culture, nos défauts, nos déviances, nos drames, nos déchirements, nos histoires, nos familles. Nous sommes détenteurs de la vie qui nous a été donné et cette contient une énergie. Cette énergie peut être employé à faire le bien, le mal ou à être tiède : finalement peu importe.

 

 

Par exemple, un converti est toujours étonné de s’apercevoir qu’il a les mêmes défauts, les mêmes péchés, qu’il n’a pas changé mais qu’il peut orienter cette énergie vers ce qu’il croit être le bien. C’est une mutation de l’Être sans que l’Être soit changé.

 

 

Dieu se sert des outils que nous avons en main. Les grands Saints sont ceux qui ont accepté ce qu’ils étaient, qui ont suivi des chemins de conversion, qui ont pu faire apparaître des qualités, des talents autrement, et qui même ont pu retourner des défauts pour en faire des dons aux autres. C’est là aussi un signe de Résurrection.

Ce qui est à chercher n’est plus la Perfection, mais le perfectionnement ? On se rapproche de la réalité, du vécu ?

Christian de Montaigu

Tout à fait. Pour Charles de Foucauld, on a essayé de gommer, mais on n’y est pas arrivé. Pour Saint François, on a essayé de gommer, on n’y est pas arrivé ; on n’a pas pu cacher qu’ils étaient fêtards, qu’ils aimaient la vie, l’argent, et que c‘est justement cette énergie-là qui s’est transformée pour aller vers les pauvres et pour mettre les hommes debout.

Si tu veux bien revenons au texte. Le Christ dit : «Ne me touche pas, je ne suis pas encore remonté au père ». Plus tard il passe à travers les murs, personne ne le reconnait.

 

Christian de Montaigu
Il mange des poissons.

Comment expliques-tu ça ? Comment envisages-tu ce corps de Ressuscité ? Et est-ce que nous sommes promis dans notre vie terrestre à cette 2ème naissance dont il parle à Joseph ? !

 

Christian de Montaigu

Pour l’instant, je trouve une réponse grâce à Thomas. «Si je ne touche pas, si je ne vois pas je ne peux pas croire ».  Il apparait à ses disciples tels qu’il a été, y compris sur la Croix, il a les marques. Que représentent ces clous, ces blessures si ce n’est le poids d’Amour de Dieu aux hommes ? Le bienheureux Thomas a douté pour moi. Je n’ai pas la réponse. J’essaye d’entrer dans cette fascination du Témoignage. Cela fait 2000 ans qu’existe ce Témoignage. Il n’a jamais été contredit au point de disparaître. Il y a bien quelque chose d’extraordinaire qui est porté dans ce témoignage ! Pour moi c’est Thomas et peut-être les témoins d’Emmaüs parce qu’ils ont vu subitement l’Amour se réaliser.

Selon toi, sommes nous tous appelés à passer par la croix pour envisager cette Résurrection ?

Christian de Montaigu

On n’évitera pas le passage parce qu’on ne se connaît pas soi-même. On ne peut pas faire l’impasse de notre vie de tous les jours. C’est difficile d’avoir un prochain, c’est difficile d’avoir un ami, d’avoir une femme, c’est difficile de construire tous les jours, de bâtir, d’avoir un projet, et de dire qu’est-ce que je construis et qu’est-ce que je veux ? C’est aussi la douleur de la mort, de la souffrance. Ce sont des mots qui sont pleins de sens et qui pour certains sont des scandales.

 

 

Est-ce que mon prochain est une joie un sacrement pour moi ou est-ce un loup que je dois dévorer ?

 

 

Et puis il y a le principe des générations. Même le Christ se remet en question à chaque génération. Chaque génération refait un parcours et découvre quelque chose de nouveau en Christ et d’intéressant pour notre humanité.

 

 

On ne peut pas faire l’impasse de cette d’humanité qui a son lot de souffrances.

Est-ce une chance pour l’Eglise d’être dans ce grand état d’appauvrissement ? Est-ce que d’être moins nombreux va galvaniser les Chrétiens qui restent en piste ?

 

Christian de Montaigu

Moi je crois qu’on va être plus en Vérité ; la question est posée, quel est le rôle du Chrétien aujourd’hui ? Que veut dire aujourd’hui «Convertissez le monde, baptisez-les au nom du père et fils», doit-on, quoi qu’il en soit, témoigner de Jésus-Christ jusqu’au bout et on le fera jusqu’au bout.

Le christianisme doit faire son rétablissement, doit s’adapter au monde. L’Église a une chance d’être plus en vérité ; elle est dans une phase où elle va pouvoir être une force de proposition adaptée à son temps. Je me dis qu’il y a des gens qui vivent des valeurs chrétiennes sans être baptisé. La foi est un don de Dieu.

Propos recueillis par Michel Pilorgé

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13 juillet 2007

BON DE GENEROSITE

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