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L’OPERATION DU SAINT-ESPRIT

«La lumière luit dans les ténèbres » au livre de Saint Jean (ch. 1) 

Nous continuons notre route sur les pas de Jésus - il faut bien appeler les choses par leur nom - de la Nativité à la Résurrection. C’est un chemin de vie, un chemin de réalisation intérieure que l’Evangile nous propose. De naissance à Renaissance, en passant par l’incontournable ascèse de la Croix- purification radicale !

Nous voici seul, le Seigneur nous a quitté, semble-t-il, avec promesse de nous envoyer le Paraclet, le défenseur, l’Esprit Saint.

Qui est donc ce Paraclet, cet avocat qui arrive sous la forme improbable de langues de feu et qui nous tombe dessus à nous disciples, à nous assemblée ?

Qui est cette force, cette énergie qui vient sur le monde et déclanche et accomplit la plénitude du Don de Dieu (à chacun selon ses talents) qui donne la pleine possession de ce qui nous emplit et nous possède, qui nous accomplit ?

C’est bien de cela qu’il s’agit chez ce musicien anonyme par scrupule ou discrétion.

C’est bien de cette Providence saisie au vol et chaque jour renouvelée ; de cette mystérieuse métanoï  suscitée par l’opération du Saint Esprit.

Le PRESIDENT

LE CHEMIN DU PERE ANTOINE

Le Père Antoine de Monicault, curé de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, est un rebelle : ardent transmetteur de l’Evangile, il le fait à sa manière, luttant à l’extérieur et aussi parfois à l’intérieur pour faire connaitre l’Amour du Christ.

Michel Pilorgé : Dès l’entrée, on peut constater que “Bonne-Nouvelle” n’est pas une église ordinaire : l’autel est au centre et les fidèles s’installent en carré autour de ce centre ; il y a  un lutrin  surélevé par rapport à l’autel, lequel autel est fort grand. Pouvez-vous, Père, nous préciser le sens de cette installation atypique ?

Antoine de Monicault : Cette disposition remonte aux premiers siècles de l’Eglise et représente  un corps humain avec en tête la présidence, ensuite la bouche, l’estomac et enfin, ce corps étant féminin, l’utérus : La mission essentielle de l’Eglise est, vous le savez, d’engendrer à la vie éternelle.


C’est-à-dire accoucher de la 2ème naissance ?
C’est l’initiation chrétienne : baptême, confirmation, eucharistie. Autour de ce squelette, il y a une chair humaine, un corps, faite d’hommes, de femmes et d’enfants : la communauté ecclésiale. Ce corps chante et prie à l’unisson, porté par la Présence d’une réalité qui vient à son secours.
Quand j’ai été nommé ici, en 1988, il ne restait qu’une centaine de pratiquants  dont presque aucune famille.

Pourtant j’ai vu ici beaucoup de monde, des gens très différents, un couple d’aristocrates juste devant moi, des pauvres, des travailleurs émigrés, des familles nombreuses…
Dieu seul est capable de mettre en communion un aristocrate et une femme de ménage sans que ce soit le fait d’une vertu qui un jour ou l’autre éclate.
Dans les cinq premiers siècles de l’Eglise, il y avait un utérus, le baptistère construit pour baptiser par immersion. Aujourd’hui encore l’église dit que le baptême par immersion est préférable. Quand un adulte ou un bébé est submergé par les eaux, on pense à la mort. Le sens le plus profond du baptême est d’entrer dans la mort de Jésus-Christ mort d’une manière unique, en donnant sa vie.
Donner sa vie pour quelqu’un qu’on estime, on l’a vu, mais donner sa vie pour quelqu’un de mauvais qui est précisément en train de vous faire du mal... C’est amour n’appartient pas à la terre.
On peut fuir la mort par l’orgueil, la présomption, la sexualité etc, et c’est précisément pour fuir une mort humaine beaucoup plus grave que la mort physique.

Une addiction comme l’alcoolisme est selon ce que vous dites une fuite devant la mort ?
C’est une mort lente pour curieusement fuir la mort. De même le suicide ; la mort intérieure que ressent celui qui se suicide est tellement crucifiante que le sujet préfère se donner la mort. Cette mort-là est plus douce que l’autre.
C’est la parabole du fils prodigue : «  mon fils était mort et il est revenu à la vie ». Le fils est bien vivant, mais il a connu une telle mort.

Devenir prêtre est  une vocation, on est appelé, parfois tardivement.Comment cela vous est-il  arrivé ?
En deux étapes. À 5 ans, je voulais déjà être prêtre. Plus tard, en quatrième, je m’en suis ouvert à un prêtre mais pendant l’adolescence, j’ai largement glissé dans le péché.
J’ai entrepris H.E.C. Durant mon année de spécialisation en Allemagne j’ai souffert comme un chien.
Je suis rentré en catastrophe et je suis allé voir  une vielle tante religieuse : «Tante  Mistsi je vais entrer au séminaire» «Oh mon petit,  je l’ai toujours su» C’était sorti  comme ça.
Et donc assez rapidement j’ai intégré le séminaire d’Issy-Les-Moulineaux.

Ce séminaire ne donne pas toujours des prêtres de votre style ?
Après deux ans, le prêtre qui me guidait m’a dit : «Tu dois aller aux Carmes». Au séminaire des Carmes l’ambiance est très critique ; j’ai ressenti la solitude mais j’ai appris.

Un dépouillement non pas recherché mais imposé ?

J’ai malgré tout été heureux au séminaire, mais à la sortie je ne savais pas conduire les personnes à Jésus-Christ.

C’est un don, une grâce ?
C’est une grâce : je savais  rassembler, redonner un élan mais ça me posait  question.
C’est à cette époque-là que j’ai compris une réalité, le soubassement : le chemin d’initiation chrétienne pour adultes.
Ce chemin commence par une annonce puissante de la foi, puis  à travers un vécu en petites communautés, conduit à la pleine adhésion au Christ Ressuscité.

Quelle place  faites-vous au Saint-Esprit dans ce Chemin ?
Le Saint-Esprit est invisible, il n’a pas de forme : Le père est la Création, le fils l’Incarnation, le Saint-Esprit on ne sait pas, mais avec le Saint-Esprit il y a l’Eglise.
Saint Irénée parle des deux mains de Dieu, les mains du potier. La main gauche, à l’intérieur du pot, permet à la main droite d’être efficace. Ces deux mains représentent le fils et l’Esprit Saint.
Le processus de réalisation commence par ce que l’on peut dire de Dieu lui-même, c’est-à-dire l’existence du Salut qu’on appelle l’économie. On y voit l’Esprit Saint agir en gentleman, mais quand il est là, il est fort.
Le Christianisme est fondamentalement une nouvelle. Si quelqu’un la connaît ça le change, sinon sa vie demeure souffrante.
Quand j’ai commencé à Saint-Germain-des-Près, je me disais : « On est là pour quelques centaines de personnes, mais la foule immense, je ne vois pas comment il sera un jour possible qu’elle franchisse  le seuil de cette église. »
Ça m’a posé question sur le sacerdoce que j’exerçais, jusqu’au jour où j’ai compris que je ne connaissais pas vraiment Jésus-Christ victorieux.
On ne le connaît que quand on entre dans la mort avec lui. Pour entrer dans cette mort singulière il faut ce que le Nouveau Testament appelle la foi qui fleurit en Charité. Celui  qui entre là, trouve Jésus-Christ.

Fleurir en Charité, c’est faire ses Oeuvres ?
Oui c’est aimer quelqu’un qui représente un obstacle, aimer quand je ressens de l’hostilité, c’est aimer quand je ne peux pas aimer.

C’est l’Evangile pur et simple ?
Si quelqu’un entre dans cette Foi, il devient disciple de Jésus-Christ en communion avec le Père. Et L’Esprit Saint témoigne de cette présence à l’intérieur de lui. «Vous avez reçu un esprit de fils qui crie à l’intérieur de vous : Abba »
C’est cette nouvelle-là que nous annonçons.

Annoncée comme ça c’est  révolutionnaire !
Oui et ça peut changer la situation de l’Eglise de Paris. Une œuvre se fait avec celui qui écoute, mais curieusement  pas avec celui d’à côté. «L’un est pris, l’autre est laissé ».

Ceux qui entendent sont-ils spécialement formés ?
Justement pas ! Une chose  m’a plu quand j’ai connu le Chemin :  on y parlait normalement.
Les pères de l’Eglise disaient que le Kerim (la  Nouvelle, mot utilisé pour annoncer un changement d’empereur) est le sperme de l’Esprit Saint.
Eh bien nous, nous allons, je vais dans les rues, dans les cafés annoncer qu’ils ont besoin de Jésus-Christ : «Viens écouter quelque chose qui sera bon pour ta vie».

Vous les invitez à une fête ?
Oui et des personnes viennent et si elles entrent dans le sein de l’Eglise, l’Esprit Saint vient à leur esprit. La foi c’est l’Esprit qui témoigne à leur esprit qu’ils sont fils de Dieu.

Avant de retourner au Père, Jésus dit : «Ne vous inquiétez pas je vais vous envoyer le Paraclet». Pourquoi n’est-il pas resté lui-même ? Après tout, la foule avait l’air très satisfaite de sa présence.

Paraclet veut dire avocat «Je vais vous envoyer un autre Paraclet».(Il y avait déjà un 1er paraclet). Avec l’Ascension, le Fils rejoint le Père qui l’a envoyé, il remonte avec l’humanité qui a connu la mort.
La Résurrection de Jésus-Christ par le père est le pardon des péchés. Le péché fait mourir. Le péché de Pilate a fait mourir Jésus-Christ Le pardon des péchés est la résurrection. Il faut donc adhérer à cette mort de Jésus-Christ (le baptême) pour communier à sa Résurrection.

Selon un sondage récent, 51% des Français se prétendent catholiques, mais la moitié de ces Catholiques disent croire en Dieu. Serait-on au stade zéro de la spiritualité ?
Ce n’est pas le problème. Le monde cesse d’être religieux pour devenir sensible aux faits et à l’histoire. La période est parfaite pour évangéliser.
Cette période voit l’homme religieux quitter l’Eglise ou ne plus témoigner. Son voisin de palier le connaît, il sait qu’il va à la messe mais il ne voit pas de différence. Mais si cet homme commence à montrer des signes que la mort est vaincue, par exemple s’il est marié et que sa femme est toujours en retard, et qu’il n’éclate plus en colères terribles, le voisin de palier peut voir les différences. Si le couple, après une dispute terrible, se réconcilie, si on les voit sortir bras dessus bras dessous et non pas se faire la gueule, un jour il peut se dire comme Saint Pierre : «Je découvre l’espérance qui est en moi ».
Et il est sauvé parce qu’il a vu. Il n’est pas nécessaire qu’il entre dans l’église. Il n’est pas nécessaire que tous entrent dans l’église. Mais il est nécessaire que le sel soit du sel et le levain du levain.

Vous êtes un dangereux révolutionnaire.
C’est révolutionnaire.
Pour en finir  avec la question sur la Pentecôte : Pâques est une fête juive que Jésus a transformée de l’intérieur. La Pâque de Jésus-Christ, c’est faire sortir le monde de la terre désertique du péché, passer de cette terre désolée au royaume des cieux. C’est le don total de sa personne pour quelqu’un.
La Pentecôte est également une fête juive, c’est le don de la loi écrite sur des pierres par Dieu lui-même.
«La seconde alliance était écrite sur les cœurs par l’Esprit Saint » dit Saint Paul. Désormais L’Esprit envahit les personnes et cet Esprit est celui de Jésus-Christ. L’Esprit fait penser ce que pense Jésus-Christ, il fait aimer comme a aimé Jésus-Christ.
La Pentecôte c’est le don de la loi nouvelle écrite sur les cœurs.
Désormais «Aime et fais ce que tu veux» dit Saint Augustin. 

Propos recueillis par Michel Pilorgé




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